Assez suspicieux par nature, je me fie assez rarement aux comptes rendus d’informations des journaux télévisés. Sont-ils toujours dans l’information et ne déversent-ils pas parfois dans l’opinion. Sont-ils alors toujours légitimes lorsqu’ils prétendent informer. Ne faudrait t-il pas imposer sur les télés, les journaux, magazines et radios, un peu comme sur les paquets de cigarettes, “attention s’informer par les canaux officiels d’information” ne relate pas forcément la vérité ?
La problématique est simple; est-ce que les médias relatent toujours la vérité ? Et non pas trop souvent de l’opinion ?
Et cette question est d’autant plus prégnante lorsqu’il s’agit du fait divers dont on en tire une généralité.
Est-ce que vous vous souvenez de l’affaire de l’hiver dernier ; de la gifle du professeur à son élève qui le traitait de connard ? Dans mon souvenir les médias de l’époque avaient traité l’affaire comme une brêve en ne relatant que le fait qu’un professeur qui s’était fait traité par son élève de connard. Les parents avaient porté plainte et l’enseignant avait été placé en garde à vue. De ce fait avait découlé un débat médiatique sur le droit de correction professoral, sur l’incivilité des élèves et d’autres pensifs du genre ; “Mais dans quel monde vit-on si on envoi les professeurs en garde à vue ?”. Je m’étais forgé mon opinion et je me disais que le droit de correction d’un professeur sur un élève faisait aussi partie des méthodes d’éducation et qu’à mon époque, “la violence existait déjà, coups de battes dans les pares brises des instituteurs embrouilles à coup de cutter”, mais jamais je ne me serrais permis d’être irrespectueux envers un professeur. Conforté dans mon choix par un ami un professeur qui m’avait dit, ce n’est pas normal pour un enseignant d’agir de la sorte, puis il s’était ravisé un repas et deux bouteilles de bordeaux plus tard ; “Parfois ils méritent des baffes ces petits cons !”.
Seulement en découvrant la vérité judiciaire, on apprend que le professeur avait envoyé toutes les affaires de l’élève au sol, l’avait trainé au fond de la classe et bloqué contre une porte, avant que l’élève l’insulte, le professeur lui aurait asséné une très violente gifle et aurait par la suite menaçé l’ensemble des élèves de la classe de représailles si ils s’aventuraient à relater l’évènement. Quant au professeur, plus d’un 1m 80, 100 kg, des problèmes d’alcoolisme et de violences conjugales. Dans l’autre ring un enfant de sixième 1m46 et 30 kg, bon élève. Le match était quelque peu déséquilibré. Certains, grands reporter de la guerre des salons parisiens, ont quand même encore trouvé le moyen de défendre les intérêts du professeur.
Récemment Eolas narrait l’affaire d’une assistante sociale qui avait dénoncé dans le cadre de son travail un sans papier ; l’analyse technique était complète dans l’examen de la faute, de la déontologie et des obligations de la profession. La presse s’est emparée de l’affaire, s’est émue, s’est offusquée et a lapidée, mais jamais, à ma connaissance on n’a connu les motifs de la dénonciation de l’assistante sociale, bien que certainement légalement inacceptables, on a jamais pu en apprécier la dimension morale et personnelle de l’acte odieux de la dénonciation. Privant de fait l’assistante sociale de son droit élémentaire de défense médiatique.
Plus loin encore, a ressurgit l’affaire du carambolage entre la voiture de police et la moto des jeunes gamins de Villier le Bel. Les autorités s’étaient alors empressées d’affirmer que les policiers n’avaient commis aucune faute. On était allé même jusqu’à dire que des jeunes du quartier avaient saccagé à coups de barres de fer la voiture des policiers, zélés. C’était à peine si les jeunes gens de la moto n’avaient pas commis un attentat kamikaze sur le véhicule de police. La presse avait emboité le pas. Il s’en était suivit des débats enflammés, mais pas nécessaires, dans la cité de Villiers le Bel et dans la presse sur la dangerosité des minis motos. Récemment on a appris que les policiers n’étaient pas appelés sur une affaire et qu’ils avaient transgressé les limites de vitesse autorisées.
Attention je ne fais pas l’apologie des canaux d’infos alternatifs, qui dans ce domaine sont aussi la proie du n’importe quoi (Re Open 9/11). Et si je devais faire mon autocritique je dois avouer que j’y participe, à mon tout petit niveau. Mais il est périlleux de constater que dans nos journaux officiels, ces faits divers, calamiteux, ne font plus désormais les entrefilets mais s’alignent en première pages de nos grands quotidiens. La presse répond désormais dans l’immédiateté de l’émotion et non plus dans l’efficacité nécessaire de la raison. Oui ça fait vendre surtout lorsque l’on s’éloigne de l’impartialité journalistique. Il y a aussi la question de l’indépendance des journalistes (exemple), mais là c’est encore un autre débat.
