Avec le recul, avec les données, les économistes sont désormais en mesure de faire le bilan de la mondialisation : elle est malheureuse. Les inégalités entre pays riches et pays pauvres se sont accrues, ainsi que les inégalités internes dans les pays au sein des pays du Nord et du Sud. De même sur le dernier cycle de 30 ans, et pire encore en excluant la dernière crise économique, on se rend compte que la croissance mondiale est plus faible que celle du cycle antérieur. La liberté des échanges commerciaux comme seul credo aura conduit à une dépréciation économique généralisée.
Je me souviens qu’à 16 ans, je lisais et je coyais les doctrines libérales et je me prêtais alors à rêver à un monde meilleur, grâce au libéralisme économique. Mon cerveau à l’époque pas assez mature, embrumé peut être alors par quelques effluves toxiques mais surtout je pense par la peinture trop fraiche de l’effondrement des doctrines socialistes et communistes, divaguait dans le faux. Si je pouvais revenir en arrière, je me gifflerais :“Petit con !”. Je sais au moins faire mon mea culpa. A l’époque j’étais très loin d’être le seul à penser qu’il était impossible que le libéralisme, puisse engendrer une décadence économique. C’est assez facile de le constater maintenant. Le plus difficile c’était alors de le prévoir. On peut avancer une explication de cette désagrégation mondiale ; la mondialisation planétaire s’est faite au de là des frontières et n’a donc pas permis de mettre en place une régulation politique. Là est peut être (je prends des pincettes) la réponse à toutes nos interrogations sur ces mauvaises données économiques.
Expansion du commerce mondiale et ralentissement économique
Après la seconde guerre mondiale on s’apperçoit que le commerce mondial est entré dans une phase rapide d’expansion jusqu’au premier choc pétrolier, les exportations ont cru d’environ 8 % par an entre 1950 et 1973. Puis ce n’est que dans les années 90, grâce à l’essor de l’information et des technologies que le commerce mondial a connu une nouvelle phase de rapide accroissement. Entre 2000 et 2007 le commerce mondial connait tout de même un accroissement de 6 % par an. Entre 1950 et 1970 la croissance moyenne du PIB mondiale a été de 5,1 %. Et entre 1974 et 2007, la croissance moyenne du PIB mondial n’a été que de 2,9 %. Si l’on compare les époques ; en 1970 le commerce mondial (imporattions/exportations) ne générait que 20 % du PIB des pays. En 2007, il générait un peu plus de 50 % du PIB des différents pays. En conclusion la mondialisation, soit l’intégration internationale des marchés de produits et de capitaux et des marchés du travail, a détruit de la richesse, plutôt a rendu la création de richesses plus lente. Attention à ne pas tirer de conclusion trop rapide. Non le protectionnisme n’est pas la réponse à cette perte de richesse, le libéralisme économique constitue toujours un bénéfice économique, à la nuance, ; si celui-ci est réglementé. A défaut on s’engage dans un processus de dumping économique permanent, l’essor du commerce mondial et le ralentissement de la création de richesses tendent à le prouver.
En théorie sur l’expansion du commerce mondial
Les pays pratiquent le commerce mondial, parce qu’il espèrent en retirer des gains. Mais dans une économie libérale tous les individus ne profitent pas de la même manière des effets redistributifs du commerce. Sur le papier la libéralisation du commerce permet aux consommateurs d’accéder à plus de produits à meilleur marché. Mais le revers c’est que les produits importés rentrent aussi en concurrence avec les produits locaux. Le théorème économique qui soutient l’expansion du commerce mondial est celui de l’avantage comparatif. Stopler et Samuelson ont été les premiers à démontrer que la théorie de l’avantage comparatif pouvait aussi générer des gagnants et des perdants, contrairement à ce que soutenait Ricardo dans son premier modèle. Le théorie c’est que les pays en développement ont de la main-d’oeuvre peu qualifiée, ils sont donc censés exporter des produits nécessitant une forte activité de main d’oeuvre peu qualifiée. La demande de cette main d’oeuvre peu qualifiée augmenterait dans les pays en développement et diminuerait dans les pays industrialisés. Stoppler et Samuleson prédisaient alors un accroissement des inégalités entre les travailleurs qualifiés et sous qualifiées dans les économies développées. Initialement on pensait que le commerce mondial réduirait les inégalités entre les pays industrialisés et les pays en développement. Et on pensait que dans les pays industrialisés, les inégalités se limiteraient entre les travailleurs qualifiés et les non qualifiés. En réalité si l’on se penche sur une étude empirique, ce n’est que partiellement vrai.
L’accroissement des inégalités Nord/Sud
Si l’on regarde le revenu moyen par habitant entre les pays les plus pauvres et les pays les plus riches on s’apperçoit que l’écart s’est accru plus fortement que l’essor du commerce mondial. En 1960 les pays riches gagnaient environ 30 fois plus par habitant que les pays les plus pauvres. En 2007 les pays riches gagnent environ 90 fois plus que les pays les plus pauvres. On peut en conlure que le niveau de vie des pays les plus pauvres s’est dégradé quand celui des pays les plus riches a stagné. Les inégalités internes aux pays du sud se sont aussi aggravées. Attention la seule expansion de la mondialisation n’est pas l’unique cause de cet accroissement des écarts de revenus. Le progrès technologique a pour une grande part élargit encore le fossé. Il faut encore nuancer. La libéralisation des pays de l’Asie du sud-est tend à valider ce modèle classique, tandis que l’Amérique du sud et l’Afrique tendent à l’invalider. La Corée du sud constitue le modèle aboslu de pays en développement qui a su profiter de l’évolution du commerce et de la mondialisation. La Chine l’un des derniers entrant dans le commerce mondial est entrain de suivre l’exmple de la Corée. Contrairement à ce quon voudrait nous faire croire si ces pays ont réussi ce n’est pas parce qu’ils ont joué le jeu de la mondialisation, mais surtout parce qu’ils ont su développer des stratégies de défense efficaces ; protectionnisme, dumping monétaire, planification des développements économiques, formation, redistribution sociale et de moins grands écarts de revenus (comparativement à l’Afrique et l’Amérique du Sud) …etc.
L’accroissement des inégalités dans le Nord
En 2005, dans les pays de l’OCDE, les revenus des 10 % les plus riches étaient en moyenne 10 fois supérieurs à ceux des 10 % les plus pauvres. Les revenus des citoyens les plus fortunés ont considérablement augmenté depuis 1985, tandis que les revenus faibles ou moyens n’ont quasiment pas évolué. Si ces inégalités se sont accrues c’est majoritairement en raison de la mutation du marché du travail et de la pression mondiale. En outre le raisonnement en termes de classes (ouvriers, patrons), de catégories (ouvriers, employés) ou de salaires (hauts salaires et bas salaires) est désormais désuet. On peut surtout rajouter une strate d’inégalités de richesses en terme de générations. Les délocalisations ont fait prendre conscience que désormais un niveau d’étude élevé ne garantit plus une situation professionnelle brillante. Il faut regarder en réalité le caractère échangeable ou non de l’emploi. Il faut se demander si le travailleur doit être physiquement proche ou non de son emploi, pour savoir si la mondialisation aura un impact direct sur lui. L’amélioration des coûts et des moyens de communication d’information et de tranport ont encore détérioré la situation des précaires exposés à la concurrence mondiale de la force de travail, rendant de fait les délocalisations de plus en plus faciles. Ironiquement on pourrait dire que l’on s’est rendu compte qu’il y avait aussi de l’intelligence au sud. La mondialisation toucherait donc aussi les strates de travailleur moyennement qualifiés. D’autres facteurs externes sont venus aggravés les disparités de revenus dans le Nord : l’augmentation des revenus tirés du capital, la concurrence fiscale et le recul progressif de l’Etat et de la répartition des revenus dans les nords selon des critères sociaux. Le maintien de la paupérisation du sud tend à créer une pression constante sur les travailleurs menacés du nord.
En conclusion la mondialisation libérale aurait donc plus détruit de richesses économiques qu’elle n’en aurait crée. A quand une réglementation de la mondialisation ?
This entry was posted on Thursday, June 25th, 2009 at 12:10 pm and is filed under Politique économique. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.