By politoblog | June 8, 2009 - 1:50 am

Avant d’évoquer mes récriminations sur cette élection, je vais d’abord commenter les résultats.

Le vrai vainqueur de l’élection européenne : l’abstention

L’élection européenne consacre d’abord la victoire de l’abstention : 59,5 %. Cette élection aura eu pour seul mérite de battre la précédente barre de l’abstention dans une élection européenne : 57,2 % en 2004. Aucun parti ne peut donc se targuer d’une victoire complète puisque une très large majorité des citoyens français ne se sont pas prononcés sur la cause européenne. L’inexistence médiatique de la campagne, mais aussi ses bassesses auront très certainement contribué à l’essor du parti majoritaire : les abstentionnistes. Les français s’inscrivent dans le courant des pays européens, puisque le taux moyen de participation ne serait que d’environ 43 %. Il y a chez les électeurs de l’Union une véritable crise de confiance européene. C’est peut être à cela que devra s’atteler en premier le Parlement européen nouvellement élu ; expliquer l’Europe, la simplifier et la rendre plus compréhensible et plus proche pour les citoyens européen. D’autre part, il semble que le passage parlementaire forcé du Traité européen simplifié ait entravé les convictions des citoyens, pourtant le débat sur le référendum du Traité constitutionnel avait été passionné, passionnant, suivi et voté par les citoyens. On a fait fi de la voix populaire. On peut penser que les nonistes se sont réfugiés dans l’abstention.

En préambule, il faut noter que la tendance a été la même partout en Europe. C’est le recul de la sociale démocartie et la progession du conservatisme. La crise économique frappe toute l’Europe et le replis sur les valeurs politique traditionnelles semble en définitive assez normal, dans cette période de doute.

Les gagnants

Les grands gagnants de l’élection européenne sont tout d’abord l’UMP, avec près de 28 % des voix. C’est d’abord une approbation du Président de la République, de son Gouvernement et de la politique qu’il a mené. La présidence française, réussie, la coordination des plans de relance économique dans la crise par Nicolas Sarkozy et dans une beaucoup moindre mesure, la voix de l’Europe portée par le Président dans le conflit russo-géorgien ont semblent-ils payés. La crise économique a donné une nouvelle légitimité au Président de la République. On ne peut pas attribuer le mérite de cette victoire à la campagne des candidats. Par exemple l’incompétence criante de Rachida Dati n’a pas été prise en compte par l’électorat francilien.  L’UMP a surtout profité de l’abstention, puisque l’on peut estimer que dans les élections généralement les conservateurs et les anciennes générations font preuve d’une plus grande mobilisation dans les urnes. Autrement je me demande dans quelle mesure la commémoration du débarquement en Normandie a pu aidé l’UMP en terme d’image ? Au moment où le Président plastronnait sur les tracts de campagne et les affiches. il était un jour avant l’élection sur les plages du débarquement avec Barack Obama, l’homme le plus populaire, entrain de remplir, avec talent, son rôle d’Homme d’Etat et célébrer la victoire de l’alliance, 1 jour avant celle de son parti dans les urnes. La confusion de la fonction présidentielle et du politique partisan est assez gênante dans ce type d’élection. Le cas Berlusconi est pire.

Europe écologie est le second grand gagnant de cette élection avec 16 %,, le parti talonne le PS, le dépasse même en île de France. Ce parti a fait le choix judicieux de parler d’Europe dans une campagne présidentielle. Son programme original; sa force de proposition et l’innovation de ses idées politiques ont semblent-ils payées. En ne faisant pas une campagne sur le terrain de l’opposition au pouvoir, le parti Europe écologie a su se démarquer et ne pas confondre les élections, contrairement aux autres. On peut aussi se demander dans quelle mesure le film Home de Yann Arthus Bertrand, suivi par plus de 9 millions de téléspectateurs et relayé dans tous les médias, n’a t-il pas contribué a donner des voix aux politiques de l’écologie ? Lors du 1er tour de la présidentielle de 2002, avec un fait divers de violence contre une personne âgée, on s’était déjà demandé si cela n’avait pas joué dans la participation du Front National au second tour. En tout état de cause Europe écologie est un parti pour les bobos, puisque sur Paris, le parti dépasse le PS. Une rélexion : quel serait le score d’un Daniel Cohn Bendit, qui a complètement incarné son parti, lors d’une élection présidentielle ? Plus de 10 %, sans aucun problème !

Les partis d’extrême gauche progressent. Le Front de gauche collecte 6,7 % des voix et le NPA 4,9%. Pas d’Union, plutôt de la désunion. En cas d’entente (impossible), les partis d’extrême gauche constitueraient peut être la troisième force politique en France.

Les perdants

Le PS, 16,8 % et le Modem 8 % sont les grands perdants de cette élection. Ces deux partis ont commis la même erreur dans cette campagne en dirigeant une campagne d’opposition systématique contre le Gouvernement, sa politique et surtout Nicolas Sarkozy. Le Waterloo de ces partis a aussi, peut être, d’autres causes, les querelles de personnes Aubry/Royal et le bazar du congrès de Reims au PS et la présidentialisation à outrance, plus l’attaque personnelle de François Bayrou contre Daniel Cohn Bendit en fin de campagne, pour le Modem. Plus que tout ces deux partis sont en défaut de projet et d’idées européennes. Du moins ils n’ont pas su les relayer et les exposer. Que va-t-il se passer maintenant pour ces partis ? François Bayrou aura eu le mérite d’assumer la déroute électorale. Martine Aubry non. Le risque pour le parti socialiste c’est le splitage. Pire Ségolène Royal va incarner désormais, la planche de salut du parti. Le PS va certainement marquer ses idées plus à gauche et plus dans l’écologie. Le seul qui peut encore incarner avec crédibilité la sociale démocratie pour le PS, c’est à mon sens, Dominique Strauss Kahn. François Bayrou lui risque encore plus de s’isoler et est en passe de démontrer que la voie du centrisme est impossible en France. Il devra aussi redorer son déficit d’image auprès des français. Pour ces deux partis la politique des grands travaux devra être lancée. Il faut une remobilisation rapide pour les régionales. Sinon ils laisseront un boulevard pour l’UMP. Cette remobilisation devra s’inscrire dans la construction ou la reconstruction d’idées, de programme et de proposition plutôt que dans la destruction systématique du camp adverse. Prions pour qu’ils aient retenu la leçon, au moins pour la beauté du combat politique.

Dans une moindre mesure les partis d’extrême droite ont aussi perdu cette campagne, puisqu’ils ne cumulent qu’approximativement en moyenne  que 10 %  des voix (4,6 % Libertas et 6,3 % FN) et sont souvent en position de non éligibles. C’est pour moi, électeur modéré (n’y voyez pas le sens de mon vote), la seule bonne nouvelle de cette campagne.

Le n’importe quoi de la campagne puis de l’élection

La campagne aura été dramatiquement nulle pour les politiques et pour les médias. Les médias n’ont pas fait leur travail en relayant son déroulement et ses idées, alors que les candidats ont fait des centaines de meetings.  Ils n’auront braqué les projecteurs que sur les foirades, les coups tordus et les débilités des candidats. D’un autre côté les politiques n’ont pas su saisir leur chance quand on leur a donné du temps médiatique. Le cirque de l’unique débat sur France 2 aura démontré que nous avons une classe politique indigne. D’autre part le déroulement de la campagne et ses modalités aura été un foirage complet : le spot de campagne des radicaux de gauche qui ne présentent aucune liste, le découpage électoral, la représentation dans les médias de tête d’affiches qui ne sont pas candidats …etc. Je votais dans un bureau de vote d’un petit village en île de France, plus de la moitiée des bulletins des 28 listes candidates n’étaient pas sur la table. Je pense d’ailleurs que le bulletin du Modem en 28ème position a joué en sa défaveur pour ce parti. Comment peut-on permettre à des partis de se présenter à des élections si ils n’ont même pas les moyens de financer leurs bulletins. Et pour ceux qui ont réussi à financer quelques bulletins, que penser du gaspillage de papier, alors que l’écologie triomphe dans les urnes ? Le vote électronique est critiqué car il peut être un instrument de détournement de voix ou de triche, mais il permet aussi d’éviter les gaspillages et à tous les partis d’être représentés ! Une chose est sûre la démocratie ne sort pas vainqueur de cette élection.

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