Ce matin sur les prompteurs d’information on pouvait lire. François Bayrou et Daniel Cohn Bendit se sont lancé des insultes. Absent de mon home sweet-home, je n’ai pas pu regarder le débat télévisé organisé par France 2. Je m’attendais à des paroles violentes, ponctuées de bip et bave aux lèvres. J’ai finalement été assez deçu en lisant la teneur de leurs propos et de la faiblesse de leur intérêt. Un pugilat de classe de primaire.
Le rouquin disant au bègue vous êtes “minable” et votre position d’opposant perpétuel est une “ignominie”, la pire insulte pour le bégue étant “vous ne serez jamais élu Président de la République”. Le bégue retoquant le rouquin, en lui signifiant à ce dernier que “l’ignominie”, c’est d’avoir tenu des propos tendancieux, laissant à penser que ce dernier avait un penchant pour les jeunes filles en fleur pas encore écloses. C’est pas moi qui ait commencé, c’est lui, mais l’autre prenant à partie, maîtresse Arlette, c’est très méchant ce qu’il insinue sur moi. Bref une passe d’arme, du niveau du bac à sable d’une école primaire. Dépitant ! Leurs camardes Martine (Aubry) et Xavier (Bertrand) s’empressant alors de se jeter dans le bac à sable avec eux pour leur asséner des coups de pelle à tous les deux et donc de rajouter de l’importance à leur échange. La campagne se finit aussi mal qu’elle a commencé.
Revenons sur l’échange. Cohn Bendit a un air faussement débonnaire, faussement sympathique, en tutoyant son contradicteur, ramenant le dialogue au niveau de l’échange de bistrot. Si on s’arrête sur la sémantique des propos tenus par Daniel Cohn Bendit, quelqu’un de “minable” est une personne lamentable, pitoyable et faible. Une “ignominie” recouvre le désohonneur, le geste infame extériorisé de façon publique. Ces termes sont forts et sont exagéré dans le cas Bayrou. Ce serait plutôt un opportuniste, un narcissique, un boursouflé de l’égo, un bref, un homme rassemblant tous les travers communs aux politiques. Il aurait été plus judicieux de rappeler par exemple à François Bayrou ses postures quand il était ministre de l’éducation nationale et qu’il envisagait alors la vidéo surveillance et un surcroit de sécurité dans les écoles, alors qu’il prend une position inverse actuellement, à propos des propositions répressives et sécuritaires de Nicolas Sarkozy et de Xavier Darcos (éléments exhumés par l’excellent Rue 89). Cela confère à la girouette !
Quant aux propos de François Bayrou, oui ils sont graves, oui ils sont très insultants, voir peut être même diffamants. Mais à la lumière de ce qu’a écrit Daniel Cohn Bendit, on ne peut qu’être très choqué. Daniel cohn Bendit a écrit en 1975, dans un ouvrage intitulé, “Le Grand Bazar”, oeuvre d’un vide abyssal, je cite ; « Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : “Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses ?” Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Et ailleurs : « J’avais besoin d’être inconditionnellement accepté par eux. Je voulais que les gosses aient envie de moi, et je faisais tout pour qu’ils dépendent de moi ». Daniel Cohn Bendit s’est défendu sur ces propos en disant que ce n’était que de la provocation que du goût de la rébellion. La presse lui avait déjà opposé ce passage lors d’une précédente campagne européenne. Peut être alors oui, c’est de la provocation, peut être oui c’est du goût de choquer, je vous en laisse juges. Mais si c’est les cas alors, il a fait preuve soit d’une incroyable débilité en provocant ou d’un goût infame pour les jeunes filles. Dans aucun de ces cas je ne peux cautionner un tel personnage, même si je le préfère débile que pédophile. On peut se poser aussi une question facile : Et puis le grand bazar en référence aux évênements de Mai 1968, ce titre ne cache t-il pas en réalité une référence de braguette ? De la même façon pourquoi essaye t-on t’interdire à tout prix la liste de l’ignoble et minable Dieudonné, alors que l’on ne ferait rien contre un candidat qui a écrit avoir déjà eu des pratiques pédophiles ?
Sincèrement je dois dire que j’hésitais un moment dans mon vote aux élections européennes. je confesse que je penchais jusqu’alors entre Bayrou et Cohn Bendit, dans un vote utile de pure contestation. L’Europe écologique a pour elle quelques bons représentants de grandes valeur, je pense particulièrement à l’ex juge du pôle financier, Mme Eva Joly et surtout quelques idées très intéressantes, très novatrices et très décalées dans cette campagne. Par exemple ils sont les seuls à proposer un salary gap, la démarche inverse d’un impossible salaire minimum européen, sur les salaires les plus élevés en Europe ; voilà un peu l’idée. Bayrou a lui de son côté, la plus belle plume, la plus grande gueule et le plus beau verbe de l’opposition, avec en plus un idéal modéré de sociale démocratie.
Je suis très déçu de constater que ces challengers de mes convictions politiques soient aussi minables l’un que l’autre. Désormais je ne sais même pas si je vais aller voter.
This entry was posted on Friday, June 5th, 2009 at 10:29 am and is filed under MoDem, Politique française. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

[...] pas trop sur le ridicule français assez discuté par la presse française. Il y a biensûr le duo Cohn Bendit/Bayrou, mais en revisionnant le cirque politique du débat de France 2, on peut se rendre compte [...]