Nicolas Sarkozy n’aura pas jeté tous les projets ébauchés par Dominique De Villepin, devant le parterre du Medef, il ressort de la poubelle de son prédécesseur le projet de fusion entre les énergéticiens Suez et Gaz de France.
Nicolas aurait pu citer Marivaux ;« Les mariages de raison ne sont pas les plus malheureux ». C’est cet esprit qui gouverne en ce moment le projet de fusion entre les groupes Gaz de France et Suez. Mais ce mariage a été prévu à la mode française de façon occulte, par l’action concertée de la puissance publique, des milieux d’affaires et des lobbies, en privilégiant les intérêts particuliers sur l’intérêt général. Cette fusion révèle en partie ce qu’est le capitalisme à la française ; « un capitalisme de connivence ».
Le projet de fusion est dicté par la raison politique ; le protectionnisme des intérêts nationaux.
La fusion entre les groupes Suez et Gaz de France s’est faite en plusieurs étapes.
Tout d’abord pour pouvoir rendre possible cette fusion, il a été voté la loi du 9 août 2004 qui a transformé EDF et GDF en sociétés anonymes. L’article 24 de cette loi précisait dès lors que l’Etat devait à l’époque rester actionnaire à la hauteur minimum de 70 % du capital.
Le 25 juin 2006 le PDG de GDF, M Cirelli, ancien conseillé à Matignon, a lancé, encouragé par la place financière, une offre publique de vente de titres de son groupe. La 1ère cotation a eut lieu le 8 juillet 2005. Le 22 février 2006 c’est le numéro 1 italien de l’électricité, le groupe Enel, très intéressé par l’électricien Electrabel, propriété du groupe Suez, qui annonce dans la presse qu’il n’est pas exclut qu’une offre publique d’achat soit lancée sur Suez. Face à cette offre perçue comme une menace pour les intérêts français, c’est le 1er ministre de l’époque, Dominique De Villepin qui a dévoilé, le 25 février, qu’il existait un projet de fusion entre GDF et Suez. L’immixtion du politique dans la sphère privée est alors totale. La fusion se fait en coulisse dans les couloirs des palais de la République.
Pour pouvoir entériner le projet de fusion, il aura fallu que le Parlement abroge la loi du 9 juillet 2004, en se retirant partiellement du capital de GDF. Le projet de loi initial a été présenté au gouvernement au début du mois de juin 2006 et le débat parlementaire ouvert le 14 juin devant l’Assemblée nationale et le 15 juin devant le Sénat. Cependant le pari n’a pas été gagné pour le ticket Villepin Breton, véritables pourfendeurs politiques du projet de fusion, mais par Nicolas Sarkozy. Le gouvernement bénéficiait d’une forte impopularité et d’une faible marge de manœuvre. Si l’Etat devient minoritaire dans le capital de GDF cela va s’apparenter pour l’opinion publique à une nouvelle braderie du service public. En outre le président Sarkozy qui était ministre des finances en 2004 lors de la privatisation partielle des entreprises GDF et EDF s’était engagé à la tribune de l’Assemblée Nationale à ce que l’Etat ne descende pas sous la barre des 70% de participation dans ces deux entreprises publiques. Le projet de fusion devrait ramener la participation de l’Etat dans la nouvelle entité à 34%, simple minorité de blocage pour le gouvernement. M Jego relatait à l’époque la défiance de la majorité à l’égard du premier ministre, dans la presse économique, à propos du dossier GDF-Suez, en disant ; « Avec l’affaiblissement du premier ministre, je crains que le gouvernement ait du mal à faire passer le dossier au sein de l’UMP ». Durant la campagne présidentielle à aucun moment le sujet ne sera évoqué, ni même les projets d’ouverture des marchés de l’énergie à la concurrence car il ces sujets étaient trop diviseur au sein du PS et de l’UMP.
La capitalisation boursière de l’entité Suez-GDF équivalait au 24 février 2006, au moment de l’établissement du 1er projet, à 72 milliards d’euros, pour un chiffre d’affaire de 63,9 milliards d’euros, soit le deuxième énergéticien en Europe en terme de capitalisation boursière et le 1er en terme de chiffre d’affaire. La fusion donne dès lors naissance à un géant de l’énergie. Le groupe GDF-Suez devient le 1er groupe fournisseur de gaz liquéfié au monde et le 5ème producteur d’électricité en Europe. L’entité naissante serait alors parfaitement à même de répondre à toutes les demandes énergétiques. C’est le portefeuille des 11 millions de clients du gazier (9 millions de clients résidentiels) GDF qui devrait servir d’appat à la nouvelle entité Suez-GDF, pour s’attacher une nouvelle clientèle. Le groupe Suez-GDF devrait bénéficier à plein de l’effet de synergie entre le gaz et l’électricité, en proposant une offre combinée gaz électricité aux particuliers. En outre Suez dispose d’une palette de services complémentaires en ayant des activités dans l’eau et dans l’environnement. La nouvelle entité serait alors à même de fournir par « packaging » toutes les énergies domestiques (électricité, gaz et eau) aux particuliers et aux petites entreprises.
Le groupe Suez-GDF devrait bénéficier d’une plus grande surface financière pour permettre de développer les infrastructures de production électrique, les sites d’extraction et la prospection gazière. Le groupe est très bien implanté en France et au Benelux et devrait profiter de la fusion sur ces différents marchés nationaux de la fourniture d’énergie.
L’Union des deux groupes a aussi un objectif fiscal. Suez devrait bénéficier des reports déficitaires fiscaux de GDF. Suez pourrait de ce fait annihiler une partie de l’impôt sur les sociétés et dans le même temps GDF ne perdrait pas son report déficitaire.
Pour rendre l’opération plus acceptable ce serait GDF, un groupe détenu majoritairement par l’Etat qui absorberait Suez, même si l’opération ne se traduit pas effectivement en termes de capitalisation boursière. Dans le projet Sarkozy c’est une union entre égaux qui est à l’étude. Le Conseil d’administration devrait se composer à part égales d’administrateurs provenant de GDF et d’administrateurs provenant de Suez. C’est M Mestrallet, actuel PDG de Suez qui devrait prendre la présidence du groupe, tandis qu’une vice présidence devrait être accordée à M Cirinelli.
La fusion devrait provoquer aussi des conséquences externes, sur les marchés de l’énergie et à l’égard des concurrents directs sur ces marchés.
Désormais le jeu est boulversé, puisque ce n’est seulement que la branche énergie de Suez qui entrerait dans le super duper package ; Suez/GDF, afin de réduire la capitalisation boursière apportée par Suez et de respecter un peu plus la parole donnée par Nicolas Sarkozy.
Un autre projet de fusion intégrant le fournisseur gazier algérien Sonatrach a aussi été évoqué, mais c’est pour le moment plus qu’improbable, dans le contexte relationnel franco-algérien tendu, qu’une fusion se produise entre deux entreprises, détenues en majorité par des autorités publiques.
Les conséquences de la fusion Suez-GDF par rapport à l’entreprise publique EDF
EDF doit désormais faire face à un nouveau concurrent de taille. Les ex entreprises publiques EDF et GDF, autrefois partenaires, vont se retrouver frontalement confrontées sur le même marché de l’électricité. EDF dispose d’atouts de poids avec un portefeuille de 27 millions de clients sur le marché national, sa très grande expérience et son leadership mondial dans le domaine de la vente d’électricité. Face à cela l’entité Suez-GDF constitue un outsider. C’est l’offre combinée gaz et électricité qui devrait permettre à Suez-GDF de prendre des parts de marché, dans la fourniture d’électricité. Le risque est que la lutte, de ces deux géants de l’énergie pour gagner des parts de marché sur leur marché national de l’électricité, affaiblisse ces entreprises dans la conquête des autres marchés européens.
Si vous placez dans « un marigot deux crocodiles », cela risque de causer des dégâts. C’est la libéralisation totale du marché de l’énergie qui risque de provoquer le début des hostilités. Il n’est en outre pas certain que le consommateur sorte gagnant, dans la mesure où les deux entreprises comptent opérer à une différentiation stratégique par les services et non pas par les prix.
EDF se trouve en position délicate car malgré son statut de leader mondial de la fourniture d’électricité, elle reste l’un des seul énergéticien à n’avoir pas encore effectué de rapprochement avec une entreprise de son secteur. EDF ne dispose pas d’assez de capitaux propres (une enveloppe de 8 milliards d’euros sur les 2 prochaines années) pour opérer à une acquisition et ne pourra pas fusionner par échange de titres, dans la mesure où l’Etat ne restreindra probablement pas de si tôt sa participation dans le capital de l’énergéticien français. L’entreprise publique EDF est donc placée en position délicate de par la fusion de GDF avec Suez et de par l’évolution actuelle des marchés européens de l’énergie. La fusion crée un véritable adversaire à EDF sur son marché national de la distribution d’électricité. C’est peut être cela que l’on appelle la concurrence ?
Les marchés de l’énergie sont en pleine mutation par les facteurs conjugués de l’augmentation croissante des prix, la libéralisation progressive des marchés, la vague de privatisation et la politique de concentration des énergéticiens européens.
Le prix des énergies n’a eu de cesse de grimper durant ces dernières années. Le marché pétrolier est au bord du débordement et le marché européen du gaz naturel est soumis au seul bon vouloir du géant russe Gazprom. Le prix de l’électricité suit cette hausse pour d’autres raisons, tel que la nécessité de renouveler le parc des centrales nucléaires, les nouvelles normes environnementales de production d’électricité, la hausse croissante de la demande par rapport à l’offre qui entraîne une augmentation du prix, la hausse du prix de l’uranium. Dès lors pour rester compétitives les entreprises des secteurs énergétiques doivent mettre en œuvre des fusions, acquisitions et rapprochement pour d’une part conserver une taille critique sur le marché, s’adjuger de nouveaux marchés et pouvoir bénéficier d’économies d’échelle dans la production d’électricité et de gaz. Le secteur des énergies en Europe est en pleine phase de concentration, les entreprises énergéticiennes (gaz et électricité) fusionnent, s’absorbent les unes les autres, avec en ligne de mire la libéralisation du secteur.
L’origine de la fusion Suez-GDF a été provoquée par l’appétit des grands groupes énergétiques sur le marché. Tout commence à partir du moment où Suez accroît sa participation dans le principal électricien belge, Electrabel, de 50,1% à 98%. Peu de temps après c’est le groupe Enel qui se montre très intéressé par Electrabel et échafaude un plan d’absorption de Suez. Défensivement sous « l’office ministériel » du gouvernement français est prononcé en grande pompe les « fiançailles » de Suez et de GDF. Ce protectionnisme a été dénoncé par la majorité des acteurs européens des marchés de l’énergie et par les gouvernements des Etats membres. Simplement le scénario a été similaire en Allemagne et en Espagne. Le groupe E.ON a absorbé le groupe Ruhrgas et Gas Natural a lancé une opa sur Endesa en réponse à l’offensive d’E.ON. Hormis le marché anglais, les marchés européens se retrouvent à une sorte de « statut quo ante » par rapport au mouvement de privatisation. Puisque le marché européen de la distribution de l’électricité devrait se composer de 7 à 8 grandes firmes européennes (Suez-GDF et EDF en France, E.ON et RWE en Allemagne, Endessa en Espagne et Enel en Italie) se partageant la quasi totalité du marché, c’est de la décomposition-recomposition économique ! De plus les Etats d’origine conservent dans la quasi totalité de ces entreprises une participation. A quoi servait-il alors de privatiser les marchés des énergies si c’est pour se retrouver dans une situation similaire ? Les Etats européens jouent à une sorte de jeu dangereux en prônant le libéralisme européen et en appliquant une sorte de protectionnisme déguisé sous le couvert de privatisation des entreprises énergétiques européennes.
Les conséquences sociales de la fusion Suez Gaz de France
La fusion risque de provoquer des licenciements dans les deux groupes. Même si MM Mestrallet et Cirinelli se défendent de leur volonté de vouloir provoquer une hémorragie sociale, il y aura selon toute vraisemblance des licenciements dans les deux groupes, comme il est souvent de mise lors d’une fuseacqu de cette importance. Les dirigeants des deux entreprises en voie de fusion soutiennent par contre que ce rapprochement sera créateur d’emplois. Dans un premier temps il faudra régler le sort des employés communs d’EDF et GDF. Ces deux entreprises se partageraient 60 000 agents, dont 50 000 étaient affectés à l’accueil dans des agences communes, la relève des compteurs d’électricité et de gaz, ainsi que l’entretien des réseaux. Pour beaucoup d’analystes économiques les ex entreprises publiques GDF et EDF se trouveraient en sureffectif. Pour certains cadres de la direction d’EDF prétendent que la société pourrait fonctionner avec 60 000 agents de moins, soit un effectif de 100 000 personnes. Ce chiffre prête bien évidemment à caution. Le sureffectif de ces ex entreprises publiques existe, mais dans quelle proportion ?
Une autre question peut être soulevée par la fusion ; quel sera le statut des agents de GDF par rapport à la privatisation. Vont-ils rester des agents publics ? Sera t-il possible dans un groupe Suez-GDF qu’une partie des employés provenant de l’entreprise Suez aient le statut de salariés et l’autre partie provenant de GDF aient le statut d’agents publics ? Les syndicats de GDF (FO et la CGT) sont amers à l’égard de cette fusion qui masque selon eux une privatisation rampante de GDF. Cette fusion mettrait en péril l’avenir de la distribution publique de gaz et d’électricité. Peu de temps après l’annonce du 1er projet de fusion les administrateurs salariés d’EDF, représentants des principaux syndicats (CGT, CFDT, FO et CFE-CGC) ont demandé à ce qu’un conseil d’administration extraordinaire soit convoqué afin de statuer de l’avenir de l’entreprise dans ses relations avec GDF et de l’avenir de la distribution publique de gaz et d’électricité. C’est le métier et la culture de l’entreprise GDF qui seraient profondément remaniés par l’union des deux entreprises.
Se sont les agents au bas de l’échelon hiérarchique de l’entreprise qui sont les plus inquiets par cette fusion, car ils savent qu’en cas de remaniement social, ils seront les premiers touchés.
Le chiffre du chômage a été publié hier, il est de 8% et ne baisse plus. Qu’est-ce qui peut expliquer ce taux capricieux ? Pour une fois je ne me fonderai pas sur une analyse pour tenter d’étayer mon propos, débordant, le plus souvent de mauvaise foi et du sarcasme. Je vais livrer une partie de mon parcours, ubuesque de lorsque j’ai été chômeur. Je ne dirai rien que la vérité, je le jure, pour ceux qui penseraient que je fantasme, ma courte vie de demandeur d’emploi. Mon approche ne recouvre en réalité qu’une partie du problème.